Judo ou BJJ après 40 ans : lequel choisir ?

Quand on envisage de (re)mettre les pieds sur un tatami après 40 ans, une question revient vite : judo ou BJJ ? Laquelle des deux disciplines est la plus maline pour un corps qui n’a plus 20 ans ?

C’est une question légitime, et elle se pose de plus en plus.

En bref dans cet article:

Le BJJ est un descendant direct du judo : deux cousins, pas deux rivaux.
La grande différence après 40 ans, c’est la chute : on chute beaucoup au judo, peu au BJJ.
Le BJJ a une moyenne d’âge plus élevée en club et moins de pression compétitive par défaut.
Un passé en judo se transfère en grande partie au BJJ (chutes, saisies, sol).
Le vrai critère de choix : son rapport à la chute, et ce qu’on vient chercher sur le tapis.

Le BJJ a explosé ces dernières années. On en entend parler partout, les clubs se sont multipliés, et un argument circule : il serait « plus adapté aux corps matures ». Moins de chutes, moins d’impact, plus de travail au sol.

Avant d’aller plus loin, autant poser une chose.

Le judo et le BJJ ne sont pas deux mondes opposés.

Le BJJ directement du judo (on y revient juste après), et les deux partagent une grande partie de leur ADN.

La vraie question n’est donc pas de savoir lequel est « meilleur » dans l’absolu, mais lequel correspond le mieux à un parcours, à un corps, et à ce qu’on vient chercher sur le tatami.

Et à 40 ans, ce qui devrait faire pencher la balance, c’est rarement ce qu’on croit.

Le BJJ vient du judo

C’est le point qu’on oublie souvent quand on oppose les deux disciplines : le BJJ est un descendant direct du judo.

Au début du XXe siècle, un judoka du Kodokan, Mitsuyo Maeda, part enseigner au Brésil. Il y transmet ses techniques à la famille Gracie, qui va les faire évoluer à sa façon, en misant presque tout sur le combat au sol. De là est né le Brazilian Jiu-Jitsu.

Autrement dit, quand un judoka et un pratiquant de BJJ se croisent, ils reconnaissent vite la parenté.

Les saisies, le ne-waza (le travail au sol), les étranglements, les clés de bras : une partie du vocabulaire est commune.

Ce sont deux branches du même arbre, qui ont simplement poussé dans des directions différentes.

Le judo a gardé la projection comme cœur de sa pratique.

Le BJJ a poussé le travail au sol à un niveau de détail que le judo n’explore pas.

C’est pour ça que la question « lequel est le meilleur » n’a pas vraiment de sens. Ce sont des cousins. La vraie différence, celle qui compte quand on a 40 ans, est ailleurs.

Cinq différences qui comptent vraiment après 40 ans

Sur le papier, les deux disciplines se ressemblent.

Dans la pratique, et surtout pour un corps qui a passé la quarantaine, quelques différences changent tout.

Photo tatami judo

1. Le judo se gagne debout, le BJJ se gagne au sol

C’est la différence de fond, celle dont découlent toutes les autres. Au judo, l’objectif c’est la projection : une belle technique debout, et le combat est terminé.

Au BJJ, tout commence une fois les deux partenaires à terre, et le but c’est la soumission, par une clé ou un étranglement. Vu de l’extérieur, en judoka, on voit moins de travail debout, mais un répertoire de soumissions au sol bien plus développé qu’au judo.

2. Les chutes, le point qui tranche

C’est sans doute la différence la plus importante après 40 ans, et celle qu’on sous-estime le plus.

Au judo, on chute, plusieurs fois par séance. C’est la nature même de la discipline. Au BJJ, on va aussi au sol, mais sans projection verticale : on « descend » ensemble, on passe d’une position à l’autre.

Beaucoup moins d’impact. Pour quelqu’un qui appréhende la chute ou a des articulations déjà fragilisées, c’est un argument réel. Le judo demande de réapprendre à chuter ; le BJJ contourne en partie cette étape.

3. Ce qui est autorisé au sol

Au judo, le ne-waza (travail au sol) existe mais reste encadré : si rien ne se passe, l’arbitre relance vite le combat debout. Au BJJ, tout le combat peut se dérouler au sol, et le répertoire est plus large : les clés sur les chevilles et les genoux, interdites au judo, y sont autorisées.

4. La culture des clubs

C’est l’un des points les plus cités par les reprenants sur les forums.

Les clubs de BJJ ont tendance à avoir une moyenne d’âge plus élevée, moins de pression compétitive, et beaucoup proposent des cours « tous niveaux ». Rien d’absolu, ça dépend du club, mais c’est une tendance que beaucoup de pratiquants 40+ remarquent.

5. Les ceintures et l’ego

Au judo, la progression est rapide au début (blanc, jaune, orange, vert, bleu, marron, noir). Au BJJ, cinq ceintures adultes seulement (blanc, bleu, violet, marron, noir), et chacune se mérite longtemps : la bleue prend deux à trois ans, la noire se compte en dizaine d’années.

Pour un reprenant judo qui passe au BJJ, ça veut dire repartir de la blanche, quel que soit son passé, et toute la question de l’ego se repose à zéro.

JUDO

Le combat se gagne debout, par la projection ou par immobilisation/soumission au sol.

On chute à chaque séance.

Univers art martial complet (katas, cérémonial).

Progression de ceinture rapide au début.

BJJ

Le combat se gagne au sol, par la soumission.

Peu de chutes verticales, moins d’impact.

Travail au sol très développé.

Progression de ceinture longue, cinq grades adultes.

Reprendre le judo, ce n’est pas repartir de zéro au BJJ

Si la question se pose, c’est souvent parce qu’on a déjà un passé en judo.

Bonne nouvelle : ce passé ne se perd pas. Une grande partie de ce qu’on a appris se transfère.

  • Les ukemi (chutes). Même si on chute moins au BJJ, savoir tomber et protéger ses articulations reste un acquis précieux.
  • Le sens du kumi-kata. La gestion de la saisie et de la distance donne une longueur d’avance dans les phases debout.
  • La base de ne-waza. Un judoka a déjà des repères au sol, sur les immobilisations et les étranglements, et il les retrouve vite dans un cadre BJJ.

Ce n’est pas un hasard. Les deux disciplines viennent du même tronc, donc une partie du travail au sol se recoupe.

Les pratiquants de BJJ issus du judo sont d’ailleurs réputés pour leur capacité à amener le combat au sol et pour leur jeu de jambes.

Ça se voit sur le tatami. Dans mon club, à Uster, on a quelques pratiquants plus jeunes dont le sport principal est le BJJ, et qui viennent au judo le mercredi en complément.

Les deux se nourrissent : ils piochent dans le judo ce qui leur manque debout, et de mon côté, je vois bien que ce qu’on travaille au sol en judo ne serait pas perdu sur un tapis de BJJ.

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Comment choisir, concrètement

Il n’y a pas de bonne réponse universelle. Mais quand on a 40 ans passés, un critère prime sur tous les autres : son rapport à la chute.

Si tomber fait peur, ou si les articulations imposent de la prudence, le BJJ (jiu-jitsu brésilien) est une vraie alternative. On peut y pratiquer un art martial exigeant, faire du combat à chaque séance, apprendre les clés et les soumissions, sans enchaîner les chutes verticales que le judo impose.

Ça reste physique, parfois très intense au sol, mais l’impact sur le corps n’est pas le même.

À l’inverse, si la chute n’est pas un problème, et qu’on a envie de retrouver tout l’univers du judo, c’est une autre histoire.

Parce que le judo, ce n’est pas que des projections : il y a les katas, la dimension pédagogique, le cérémonial, tout un aspect art martial traditionnel qui fait partie du voyage. Pour quelqu’un qui veut renouer avec un parcours déjà commencé, ça compte autant que la technique.

Le seul vrai filtre, c’est ce qu’on est prêt à faire avec son corps, et ce qu’on vient chercher sur le tapis.

Au fond, il n’y a pas de profil réservé à l’un ou à l’autre, juste des affinités. Et la vérité, c’est que les deux disciplines peuvent convenir à la plupart des gens.

Et en Suisse, concrètement ?

Une question pratique reste : trouve-t-on facilement les deux ?

En Suisse, le sport est partout et l’offre est large.

Pour le BJJ, on trouve plusieurs clubs rien que dans la région de Zurich, et la discipline s’est bien implantée ces dernières années. Le judo reste malgré tout un peu plus répandu, surtout auprès des jeunes, donc en moyenne un peu plus simple à dénicher près de chez soi.

Un point d’attention quand on cherche, par contre. Beaucoup de clubs de judo proposent aussi du « jiu-jitsu », et il s’agit souvent de jiu-jitsu japonais traditionnel, pas de BJJ.

Les deux n’ont pas la même pratique ni la même intensité de travail au sol.

Si c’est le BJJ brésilien qu’on vise, mieux vaut vérifier avant de s’inscrire.

Au final

Judo ou BJJ après 40 ans, il n’y a pas de gagnant. Deux cousins, nés du même tronc, qui ont poussé dans des directions différentes. Le BJJ épargne les chutes et séduit par son travail au sol ; le judo offre la projection et tout son univers d’art martial.

Le vrai juge de paix, c’est le rapport à la chute, et ce qu’on vient chercher sur le tapis. Le reste, c’est une affaire d’affinité, et il n’y a pas de mauvais choix, juste celui qui colle le mieux à son corps et à son histoire.

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