Reprise du judo après 40 ans : ce que j’aurais aimé savoir

Photo d'une ceinture bleue de judo en Suisse

Je m’appelle Julien, j’ai 44 ans, et il y a un peu plus d’un an, j’ai remis les pieds sur un tatami après 27 ans sans pratiquer.

Si tu lis cet article, c’est probablement que tu y penses aussi, ou que tu viens de le faire et que tu cherches à savoir si c’est normal d’avoir mal partout.

En bref dans cet article:

J’ai repris le judo à 44 ans après 27 ans d’arrêt, dans un cours adulte avec une vingtaine de 40+
La mémoire musculaire revient vite, mais le corps ne suit plus comme avant : récupération plus longue, douleurs aux genoux, épaules, doigts
Les chutes (ukemi) sont la priorité absolue à retravailler avant tout le reste
L’ego est ton pire ennemi : apprendre à ne pas forcer en randori, c’est ce qui te gardera sur le tatami
Ne te prends pas la tête avec la ceinture, reprends avec ce qui te met à l’aise

En fait, le déclic est venu un peu par hasard.

On cherchait un sport pour l’un de mes fils qui à 14 ans, après avoir essayé les sports collectifs.

Le judo semblait une bonne idée et en l’accompagnant aux entraînements, j’ai sympathisé avec d’autres parents sur le bord du tatami (dont certains sont francophones).

Nous avons échangé nos souvenirs de judo, les compétitions quand on était gamins, et un soir, l’un d’entre eux m’a dit :

« Tu devrais venir au cours Judo Adulte, c’est tous les mercredis. »

J’en ai discuté en famille, je me suis motivé, et je me suis pointé en jogging avec un t-shirt de sport pour mon premier entraînement.

Pas de judogi (le nom qu’on donne désormais au kimono), pas de ceinture et surtout pas mal de doutes.

Est-ce que j’allais tenir physiquement ? Est-ce que le niveau du club serait trop élevé ? Est-ce que j’allais me ridiculiser à 44 ans au milieu de gens qui n’ont jamais arrêté ?

Dojo Judo vide avant un randori en Suisse

Le premier cours

Dès mon arrivée, première surprise : une vingtaine de personnes de 40 ans et plus étaient là. Je m’attendais à être le seul « vieux » du cours, et en fait non.

Des profils très différents, certains qui découvraient complètement le judo, d’autres comme moi qui reprenaient après une longue pause.

J’ai essayé de sympathiser avec la plupart des membres, mais je dois reconnaître que j’étais assez nerveux.

C’est pas tous les jours qu’on reprend un sport qu’on a pratiqué il y a 27 ans.

Après le salut, ce qui m’a frappé, c’est la mémoire musculaire.

Refaire une chute avant, droite et gauche, ça a été un jeu d’enfant. Amortir la chute latérale, la chute arrière, tout ça m’a paru étonnamment simple.

Par contre, se relever, ramper, faire des roulades, c’était une autre histoire. Bien plus contraignant que dans mes souvenirs.

Malgré une condition physique relativement correcte grâce à la course à pied et au vélo que je pratique plus ou moins régulièrement, j’ai senti qu’il y avait un gap important par rapport à ce que j’étais capable de faire il y a 30 ans.

Le corps se rappelle, mais il ne suit plus complètement. Il faut accepter et faire avec, même si la motivation et le plaisir sont bien là dès la première séance.

Et malgré les courbatures et le manque de souplesse évident, je suis reparti de ce premier cours satisfait, motivé, et avec une seule idée en tête : acheter un judogi à ma taille.

Le corps à 40 ans, le vrai sujet

Ce qui m’a pas mal marqué depuis la reprise, c’est comment mon corps réagit à l’entraînement.

Que ce soit au niveau de la souplesse, des coups de temps en temps ou même des muscles, le temps de récupération est bien plus long qu’à l’époque.

Après une première année de reprise, j’ai eu droit à des douleurs persistantes aux genoux, les doigts qui font mal de temps en temps, et à l’heure actuelle c’est surtout les épaules et les avant-bras qui souffrent avec les entraînements intensifs et répétés.

Certaines fois, après quelques séances intenses, les douleurs apparaissent au bout de 24 heures.

Chose qui n’était pas du tout le cas quand j’étais jeune.

Il est tout simplement fondamental d’écouter son corps après chaque entraînement pour voir s’il n’y a pas eu une intensité trop importante qui pourrait déclencher une blessure sous-jacente.

C’est quelque chose que je n’aurais jamais dit à 15 ans, mais à 44 ans, la différence entre « j’ai des courbatures » et « j’ai un truc qui déconne » n’est pas toujours évidente, et il vaut mieux être prudent.

Du coup, je passe bien plus de temps sur les échauffements et les étirements qu’auparavant.

Et je place des jours de repos après chaque entraînement.

À l’heure actuelle, j’essaye d’alterner les séances techniques où on répète les prises des passages de ceinture, et les entraînements en groupe qui sont généralement les plus exigeants physiquement.

Dojo Judo vide après un randori en Suisse

Les chutes, la priorité absolue

Avant de vouloir faire des folies en randori (combat libre) ou même au sol, de mon expérience, la priorité absolue quand on reprend reste les chutes.

Les ukemis, c’est la base de tout. Et c’est aussi ce qui revient le plus vite, ce qui est plutôt rassurant.

Réapprendre à chuter permet d’augmenter la confiance et d’améliorer sa relation avec son corps.

On a moins peur de l’impact, on gagne en souplesse, et surtout on peut ensuite travailler les projections ou participer aux randoris de manière bien plus sereine.

C’est pour moi l’étape la plus importante dans la reprise.

Éviter de chuter ou mal chuter, c’est se limiter ensuite sur tout le reste.

Les projections d’épaule qui passent au-dessus du partenaire, les balayages où on se retrouve projeté sans l’avoir vu venir, tout ça fait partie du judo.

Et si on n’est pas à l’aise avec le fait de tomber, on va soit se crisper (et c’est là qu’on se blesse), soit éviter les situations de randori (et c’est là qu’on stagne).

Mon conseil : prends le temps de refaire des chutes à chaque début de séance, même quand tu as l’impression que c’est acquis. À 44 ans, le corps a besoin de cette répétition pour que le réflexe reste automatique.

Le randori et l’ego

Dans le même registre, étant compétiteur plus jeune, les randoris c’est bien souvent là où on veut en découdre.

Pas par haine, mais plutôt pour mesurer son niveau à ce nouvel âge. Et les hormones n’aident pas quand il s’agit de limiter son engagement. On peut très vite se prendre au jeu et avoir envie de gagner le combat, même en club.

Le problème, c’est qu’on se mesure à des ceintures inférieures ou à des plus jeunes qui ont une forme, une souplesse et une technique bien plus élaborées qu’un quarantenaire qui reprend.

La rapidité des mouvements, l’intensité, et surtout quand les muscles sont chauds, on peut très vite tenter des prises ou des mouvements qu’on risque de regretter 24 heures plus tard.

Le plus dangereux dans tout ça, c’est l’ego.

Le judo reste un sport de combat individuel, avec un gagnant et un perdant.

On se compare, on veut prouver quelque chose.

Sauf que la plupart des 40+ ont une histoire unique : une hernie discale, des priorités professionnelles, des contraintes physiques apparues avec l’âge.

Accepter que le niveau d’antan est (et restera) probablement un souvenir, c’est ok.

Il n’y a pas de raison d’aller chercher des rêves qui ne sont plus accessibles de la même manière.

Après quelques débuts un peu trop virulents, j’ai appris à ne pas vouloir gagner, mais à rester le plus longtemps possible sans me blesser.

C’est pourquoi, quand je sens que j’ai des douleurs, je zappe parfois les randoris et je trouve un partenaire pour travailler au sol : étranglements, immobilisations, clés de bras. C’est bien plus souple pour le corps et tout aussi technique.

Mettre l’ego de côté pour éviter la blessure et les mois hors du tatami, c’est une sage décision, et c’est quelque chose que j’ai également dû apprendre.

Entrainement de Judo au sol (immobilisations et clés de bras)

La question de la ceinture

Quand on a déjà pratiqué et qu’on reprend, la question se pose assez vite : qu’est-ce qu’on fait de sa ceinture de l’époque ?

Les règles ont changé, la mémoire par rapport à toutes les prises, immobilisations, clés de bras et étranglements n’est peut-être pas complète.

Mais l’envie reste et la motivation est là. Certains remettent simplement leur ceinture, d’autres se questionnent et choisissent de repartir à zéro.

Pour donner un peu de contexte : les grades sont délivrés par le club de la ceinture blanche à la ceinture marron.

Le passage de la ceinture noire se fait en dehors du club, organisé par la fédération. Tous les passages sont normalement ajoutés dans un passeport judo que le judoka garde jusqu’à sa ceinture noire.

Il y a 30 ans, il n’existait que des versions papier, et la plupart des reprenants n’ont pas gardé de traces de leurs grades. C’est pourquoi il est assez difficile de faire valider son niveau quand on revient après une longue pause.

Pour ma part, j’ai décidé dans un premier temps de remettre une ceinture blanche. Je n’étais pas vraiment sûr de mon niveau et je souhaitais rester humble. Aussi, ayant pratiqué en France, faire reconnaître mon niveau en Suisse était un peu plus compliqué, avec des fédérations et des langues différentes.

Néanmoins, après plusieurs mois et une certaine assurance retrouvée, j’ai entrepris de faire valider mon niveau (bleu) en contactant mon premier professeur en France via Facebook. Après plusieurs mois d’échange, j’ai reçu une attestation que j’ai pu fournir à mon club actuel d’Uster pour valider ma ceinture.

Mon conseil : ne te prends pas la tête avec la ceinture au début. Reprends avec ce qui te met à l’aise, que ce soit ta ceinture d’origine ou une blanche. Ce qui compte, c’est d’être sur le tatami, pas la couleur autour de la taille.

Photo d'une ceinture bleue de judo en Suisse

Trouver son rythme et son club

Ce n’est pas tous les clubs qui proposent des cours spécialement adaptés pour les adultes.

J’ai la chance d’avoir un cours « Judo Adulte » dans mon club, avec une vingtaine de 40+ qui se retrouvent chaque semaine.

Certains clubs n’ont pas assez d’adhérents pour créer des cours en petit comité, et on se retrouve très vite aux côtés de personnes bien plus jeunes avec une condition physique excellente.

Ce n’est pas bien grave, mais ça reste un challenge supplémentaire à surmonter.

Aussi, passé 40 ans, une chose que j’ai comprise c’est qu’il faut se trouver assez rapidement un partenaire (uke) qui fait à peu près le même poids, qui a à peu près le même âge, et surtout qui a les mêmes objectifs.

Si à l’adolescence ce n’est pas vraiment un problème, ça devient un vrai sujet à notre âge. Avoir quelqu’un avec qui travailler régulièrement, qui comprend qu’on ne peut pas forcer comme à 20 ans, ça change complètement la qualité des entraînements.

De mon expérience, la plupart des clubs en Suisse proposent des cours adaptés et surtout des cadres qui encadrent très bien leurs adhérents.

Si tu hésites, le plus simple reste de passer voir un entraînement avant de t’inscrire, pour sentir l’ambiance et voir s’il y a d’autres reprenants ou adultes dans le groupe. Mon club par exemple propose trois séances d’essai avant de s’engager et de souscrire à une licence, ce qui laisse vraiment le temps de voir si on est à l’aise ou pas.

Pourquoi ça vaut le coup

Si je devais prendre cette décision une nouvelle fois, je le referais sans hésiter.

Le judo m’apporte désormais autre chose.

Ce n’est plus une question de compétition, mais plutôt de forme physique, d’échange avec une communauté de passionnés, et de la chance de pouvoir pratiquer ce sport après 40 ans.

J’ai retrouvé une motivation différente de celle de mon adolescence, mais toujours aussi prenante. Et puis il y a ce défi de la ceinture noire, qui donne un cap sur le long terme.

Si tu hésites encore, je te dirais juste ça : ton corps ne sera jamais plus jeune qu’aujourd’hui.

Les doutes que tu as, on les a tous eus. Les courbatures, la rouille, l’ego qui en prend un coup, tout ça fait partie du package.

Mais le plaisir de retrouver le tatami, de rechuter correctement, de replacer une technique qu’on croyait oubliée, ça n’a pas de prix.

Comme on dit, s’il y a un doute, il n’y a pas de doute.